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Iconostase en Faïence

  • Photo du rédacteur: Alain Mihelic
    Alain Mihelic
  • il y a 9 heures
  • 7 min de lecture

Une singularité majeure de l’art liturgique orthodoxe

À la croisée de la liturgie, de l’architecture et des arts du feu, l’iconostase en faïence constitue l’une des expressions les plus rares et les plus fascinantes de la culture orthodoxe.

Apparue tardivement dans l’histoire des iconostases, elle témoigne à la fois d’un haut degré de maîtrise technique et d’une vision théologique profondément incarnée dans la matière.

 

En préambule, situons l’Empire Byzantin :


Carte ancienne de l'Europe précisant le partage consécutif au schisme de 1054, entre l'église de Rome et l'Eglise orthodoxe

Le Résultat du Schisme de 1054


Cette carte donne la situation des Empires Romain et Byzantin après le Schisme de 1054, officialisant la séparation entre les mondes Catholique et Orthodoxe.

 


Aux origines de l’iconostase


L’iconostase est un élément indispensable de toute église orthodoxe: c’est le principal élément architectural et symbole spirituel à l’intérieur du bâtiment.


Elle structure l’espace liturgique, marque la frontière symbolique entre le monde visible et le sanctuaire, et organise le déploiement de l’iconographie sacrée.


Son apparition ne fut pas soudaine : elle résulte d’une longue évolution commencée dans les premières églises chrétiennes.


Dans l’Empire byzantin, cette séparation prenait la forme du templon : une clôture ouverte composée de colonnes et d’architraves et d’ornements, laissant voir l’autel tout en tout en le séparant de l’espace des fidèles.


Ce dispositif exprimait une théologie du voilement partiel, où le mystère se donnait à voir sans jamais être pleinement livré.

 

Dans les églises russes, le décor frontal du templon byzantin, où étaient insérées les icônes, fut accepté et fixé comme norme. Ce type, selon l’opinion des spécialistes, fut définitivement établi au XVIᵉ–XVIIᵉ siècle.


Apparurent alors les iconostases classiques montées en bois, comprenant cinq rangées d’icônes.


 

L’Evolution du concept d’Iconostase


L’iconostase ne surgit donc pas comme une muraille d’images pleinement constituée, mais comme l’aboutissement d’un long processus liturgique et symbolique. Avant de devenir cette façade sacrée structurée en registres, elle hérite d’une forme plus ancienne, plus ouverte, où la séparation entre les espaces n’est jamais totale.


Pour comprendre cette évolution, il est nécessaire de revenir à ces dispositifs intermédiaires que furent le templon byzantin, d’un côté, et, par contraste, le jubé occidental.


Leur comparaison éclaire non seulement les différences architecturales entre Orient et Occident chrétiens, mais aussi deux manières distinctes de penser le rapport entre le visible et l’invisible, le fidèle et le mystère.


Tandis que le templon suggère l’accès progressif au Royaume des Cieux, le jubé médiéval, apparu en Occident aux XIIᵉ–XIIIᵉ siècles, affirme davantage une séparation fonctionnelle et hiérarchique.

 

Comparaison Templon et Jubé :

        

Le Templon :

Le templon est une barrière sacrée située entre :

  • la nef, où se tient l’assemblée des fidèles,et

  • le sanctuaire, où se déroule la liturgie eucharistique.


Il apparaît dès le Ve siècle dans l’Empire byzantin et constitue l’ancêtre direct de l’iconostase slave plus tardive.


Le templon marque la limite sacrée entre le monde :

  • visible, celui des fidèles, et

  • le ciel représenté par l’espace du sanctuaire.


Mais il ne le cache pas encore totalement : le templon montre et voile à la fois, créant un rapport très particulier au mystère.

 

Le templon byzantin, sépare la nef du sanctuaire

 Le templon byzantin : la frontière sacrée avant l’iconostase


Ici les Icones sont encore espacées et hiérarchisées. Ce n’est qu’avec la montée en puissance de l’image sacrée que cette frontière ajourée deviendra un mur théologique d’icônes, donnant naissance à l’iconostase.


Templon dans une église a Athènes

Templon de l’Eglise des Saints Apôtres à Athènes

 

Le Jubé :

Le Jubé des églises Catholiques, fut introduit plus tardivement, aux XIIᵉ–XIIIᵉ siècles en Europe occidentale.


Il est parfois appelé tribune de lecture, il sépare la nef du chœur.


Les Jubés ont été Massivement détruits après le Concile de Trente (XVIe s.) pour “ouvrir” la vue sur l’autel dans les églises catholiques.


Il fut conservé seulement dans quelques églises françaises, anglaises, hollandaises, et sont aujourd’hui de précieux témoins d’un âge liturgique disparu.

 

 

Jubé de la Cathédrale d’Albi

Jubé de la Cathédrale d’Albi


 

Jubé de Saint Etienne du Mont à Paris

Jubé de Saint Etienne du Mont à Paris


 


Les Iconostases en Faïence Prérévolutionnaires :


C’est au XVIIᵉ siècle qu’apparurent les premières tentatives d’iconostases en faïence.


Ce matériau, idéal pour le moulage et la répétition de formes complexes, exigeait cependant une maîtrise technique élevée, ce qui limita longtemps sa diffusion.


À partir du XVIIIᵉ siècle, la Russie connut un développement rapide de sa production céramique. L’apparition de manufactures privées et d’usines d’État permit la création d’ateliers spécialisés dans les iconostases faïencées.


La fin du XIXᵉ siècle marque l’apogée de cette production. La manufacture Kouznetsov, notamment, réalisa jusqu’à 70 iconostases faïencées par an entre 1913 et 1916. Le prix concurrentiel, la durabilité du matériau et la richesse décorative expliquent ce succès.


Iconostase en faïence issue de la production de la Manufacture Kouznetsov a Moscou (Russie)

Iconostase en faïence issue de la production de la Manufacture Kouznetsov

 

La dernière iconostase faïencée de fut installée avant 1917, date à laquelle toutes les usines de la société furent nationalisées. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, seules 20 iconostases Kouznetsov sont conservées à travers le monde.


Iconostase en faïence : les portes saintes d'une iconostase a Moscou

Les Portes Saintes

 (Царские врата – Tsarskie vrata)


Les Portes Saintes :

  • sont situées au centre de l’iconostase,

  • donnent accès direct à l’autel,

  • symbolisent :

    • l’entrée dans le Royaume des Cieux,

    • le passage entre le monde visible et l’invisible,

    • l’Incarnation du Verbe.

Elles ne sont ouvertes que lors de moments liturgiques précis, renforçant leur caractère sacré.

Elles portent presque toujours :

  • L’Annonciation (Gabriel et la Vierge, sur chaque vantail),

  • Les quatre Évangélistes ou leurs symboles.

Ce n’est pas décoratif : c’est une théologie peinte.



Les iconostases prérévolutionnaires conservées


Il ne subsiste aujourd’hui que très peu d’iconostases de faïence prérévolutionnaires. L’une des plus remarquables se trouve dans l’église de la Transfiguration à Savvino (Balachikha, région de Moscou).


Église de la Transfiguration de Savvino, Balashikha près de Moscou

Église de la Transfiguration de Savvino, Balashikha

 Auteure : Daria Nedoshivina


 

Coupole décorée dans l'Église de la Transfiguration de Savvino, Balashikha a Moscou

Église de la Transfiguration de Savvino, Balashikha

 

Cette église conserve trois iconostases en faïence, dont l’iconostase centrale, large de douze mètres et haute de six mètres.


Les deux latérales ont une largeur de Cinq mètres.


Elles associent architecture céramique monumentale et des icônes de style athonite, provenant du monastère de Saint-Pantéléimon du Mont Athos.


L’iconostase centrale se compose de trente-trois icônes, disposées en trois niveaux.


Adresse du temple : région de Moscou, Balachikha, place de la Transfiguration, bâtiment 1.

Itinéraires depuis Moscou : depuis la gare de Kursky en train en direction de Gorki jusqu’à la gare « Zheleznodorozhny ». Ensuite, depuis la place de la gare ferroviaire, en minibus n° 37K, jusqu’à l’arrêt « Eglise Savvinskaya ».

 


Architecture et structure des iconostases en faïence


L’iconostase en faïence est conçue comme une paroi architecturale autonome, s’étendant sur toute la largeur de l’abside. Sa structure repose sur une composition verticale rigoureuse : soubassement, colonnade avec icônes, attique et couronnement.


Les Portes constituent l’axe central de la composition. Symboles du Royaume des Cieux, elles sont l’élément le plus stable et le plus richement décoré de l’iconostase.

 

Symbolique et langage décoratif


La composition ascendante de l’iconostase exprime le chemin spirituel du fidèle vers l’élévation. La structure générale évoque symboliquement le Golgotha, la Croix et la Résurrection.


Le décor en relief, abondant et rythmé, fait appel à des motifs végétaux, floraux et géométriques. Ces ornements renvoient à l’idée du Paradis et du Royaume céleste.


Polychromie, lumière et dorure


La faïence permet une polychromie d’une grande finesse. Bleus profonds, verts clairs, beiges, blancs et dorures composent une palette lumineuse.


La dorure, symbole de la lumière divine, joue un rôle essentiel. Elle capte la lumière naturelle et renforce la perception plastique des reliefs.

 

Iconostase dans le Monastère St Pantelemonovic de Afon (Grèce)

Monastère St Pantelemonovic de Afon (Grèce)

 

 

Iconostase dans le Monastère de Valaam (Russie)

Monastère de Valaam

(Voir Article :Croisières sur le Fleuves de Russie)

 


 

Iconostase dans l' Église du Souvenir (Minsk – Biélorussie)

Eglise du Souvenir (Minsk – Biélorussie)

 


Diffusion internationale et renaissance contemporaine


Depuis la fin du XXᵉ siècle, un renouveau s’est amorcé.


Les premiers prototypes d’iconostases faïencées modernes furent créés sur la base de recherches historiques sur les iconostases faïencées de Kouznetsov. À partir de 1998, ces travaux furent menés dans les ateliers de l’usine de céramique d’Ekaterinbourg.


Au résultat, un principe de construction fut établi : l’iconostase faïencée est un ensemble monolithique, où les détails décoratifs et artistiques s’intègrent dans une structure homogène.


Les iconostases faïencées modernes se composent d’une trame unique de pièces céramiques, pouvant atteindre 500 mm de hauteur, fixées à un mur de briques, selon des technologies particulières, avec des colles synthétiques, des émaux acryliques, des raccords métalliques, etc., leur assurant une solidité maximale et une durabilité exceptionnelle. L’épaisseur des pièces est de 8–10 mm.


La production d’iconostases en faïence est un processus technologique complexe comprenant : conception, réalisation de modèles, fabrication des pièces, montage de l’iconostase dans l’église. Une recette optimale pour la pâte et l’émail de faïence a été développée, les couleurs ont été choisies, les paramètres de cuisson ont été mis au point.


Au fil du temps, les spécialistes de l’entreprise Faïence de Svestriy ont érigé 27 iconostases dans des églises de Russie comme à l’étranger.


Les plus importantes sont :


  • Iconostase et icônes au skite Voskresenski du monastère Saint-Sauveur-Préobrajenski, à Valdaï  ;

  • Trois iconostases et icônes dans la cathédrale de l’Annonciation du monastère masculin d’Alekseïev, à Nijni Novgorod ;

  • Iconostase dans l’église de la Sainte Grande-Martyre Catherine, à Rome, Italie ;

 

Iconostase de Sainte Grande-Martyre Catherine a Rome, et son plan architectural

Iconostase de Sainte Grande-Martyre Catherine a Rome

 

  • Trois iconostases et icônes dans les églises de la Nativité de la Très Sainte Mère de Dieu, des saints Joachim et Anne, des icônes de la Mère de Dieu « Significatrice » du monastère Saint-Pantéléimon, Mont Athos, Grèce.

 

  • Iconostases en faïence au Mont Athos 

Icone en faïence au Mont Athos  (Grèce)

Icone en faïence au Mont Athos 

 


Monastère du Mont Athos

Monastere du Mont Athos

 

  • Iconostase de la cathédrale Saint-Siméon, à Tcheliabinsk.

 


Conclusion


Les iconostases en faïence constituent un phénomène unique dans l’histoire de l’art sacré orthodoxe. À la fois œuvres liturgiques, architectures monumentales et chefs-d’œuvre des arts du feu, elles témoignent d’une synthèse rare entre tradition théologique, innovation technique et sensibilité artistique.


Aujourd’hui encore, leur renaissance contemporaine prolonge une tradition interrompue par l’histoire, redonnant à la faïence sa place dans le langage sacré de l’orthodoxie.

 


Iconostases contemporaines en faïence


Iconostase contemporaine en faïence polychrome, Russie (fin XXᵉ – début XXIᵉ siècle)

Iconostase contemporaine en faïence polychrome, Russie (fin XXᵉ – début XXIᵉ siècle)



Iconostase dans une Église a Ekaterinbourg en Oural (Russie)

Production de Ekaterinbourg / Oural

 

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