Récits-Fictions : L’Horloge des deux Mondes. Partie 1
- Alain Mihelic

- il y a 11 heures
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Dans un royaume lointain, en un lieu oublié depuis des temps immémoriaux, au sommet d’une chaîne de montagnes inaccessibles, se dresse une horloge ancienne gigantesque, en perpétuel mouvement. On l’appelle l’Horloge des Deux Mondes.
Ses aiguilles ne marquent pas les heures des mortels, mais vibrent au rythme des événements, des âges, des rêves et des souvenirs.
Depuis des millénaires, elle protège de l’oubli les deux royaumes de Solavie et Lunaria, assurant que chaque histoire et chaque vie, laisse une empreinte indélébile dans l’étoffe du temps.
Mais depuis quelques saisons, une sombre menace grandit : une entité mystérieuse, connue sous le nom de l’Ombre sans Visage, a décidé de corrompre cette mécanique immuable.
L’Ombre se nourrit des souvenirs des vivants et des morts, effaçant les traces des vies passées, dissolvant les épisodes du grand livre de l’Histoire et rendant les âmes qu’elle attrape, prisonnières d’un vide infini et sans nom.
Chaque nuit, l’Ombre s’étend toujours un peu plus, et l’Horloge ralentit, elle est sur le point de s’arrêter pour toujours.

Nuage, orage, horloge : le temps déroge
Horloge des deux Mondes : Les deux Mondes :
Solavie : le Royaume de la Lumière et du Feu
Solavie est un royaume baigné de lumière dorée, où le soleil semble toujours briller avec intensité. Les vastes plaines fertiles s’étendent à perte de vue, couvertes de champs de blé qui dansent sous la brise. Des collines doucement ondulées sont parsemées de villages pittoresques, aux toits de chaume dorés et aux façades blanchies à la chaux.
Lunaria : le Royaume d’Argent et d’Ombre
Lunaria est un royaume enchâssé dans des montagnes escarpées, où la lueur de la lune semble être la seule source d’illumination. Les montagnes moirées d’argent, couvertes d’une neige éternelle, scintillent sous les étoiles. Des forêts profondes de pins et de bouleaux noirs encerclent les vallées, où des lacs miroitants reflètent le ciel nocturne.

Un paysage à double visage : entre blé sage et nuit d'orage
Entre l'âge d'or et l'âge d'ombre : l’image du partage
L’Appel de l’Aventure
Milena, la Fille des Deux Royaumes est née d’un mariage en ces temps-là interdit : sa mère était une Solavienne, pleine de chaleur et de compassion, tandis que son père était un Lunarien, sage et contemplatif.
Milena, après avoir vaillamment réconcilié les 2 mondes, dans une aventure précédente, est désormais la gardienne respectée des traditions, elle guide et conseille les sages des royaumes.
Un jour, elle s’étonne d’éprouver de lourds sentiments d’appréhension et voilà que surgissent au fond de son esprit des visions étranges. Elle perçoit des fragments d’un passé qu’elle ne reconnaît pas : des visages inconnus, des paysages éphémères, et une voix douce mais inquiète qui lui murmure :
« Milena, enfant des deux royaumes, toi qui portes la lumière et l’ombre, viens sauver ce qui ne peut être remplacé. Car si l’Horloge s’arrête, les 2 Mondes tomberont dans un oubli éternel. »
Répondant à cet appel pressant, Milena sentit une étrange énergie s’éveiller en elle, un mélange de crainte et de détermination. Elle savait que sa mission ne se résumerait pas à un simple voyage : il s’agissait d’une épreuve, une quête où elle devrait puiser à l’extrême de ses ressources et affronter des forces au-delà de tout ce qu’elle connaissait.
Elle se rendit à la vieille tour de son village, un lieu qu’elle fréquentait depuis son enfance. C’était là que ses parents, aujourd’hui disparus, lui avaient transmis leur savoir unique : des récits anciens, des chants oubliés et des rituels secrets, héritages des chamans de Solavie et de Lunaria.
Milena commença par préparer une lanterne magique, un objet sacré qui avait jadis guidé les voyageurs entre les deux royaumes. Alimentée par des fragments d’étoiles qu’elle avait récoltés durant les nuits les plus claires, la lanterne diffusait une lumière pure et changeante : tantôt chaude comme le soleil, tantôt froide et apaisante comme la lune.
Cette lumière n’éclairait pas seulement le chemin, elle avait aussi le pouvoir de dissiper les ombres trompeuses et de révéler les vérités cachées.
Ensuite, elle déroula un parchemin ancestral, un trésor hérité des aïeux, qu’elle avait dissimulé dans une cachette secrète. Ce parchemin était orné de symboles et de lignes mélodiques, un langage sacré mêlant les traditions des deux royaumes.
Les chants et incantations inscrits dessus n’étaient pas simplement des mots ; ils étaient des clés, capables d’ouvrir des passages, d’éloigner les forces hostiles et de renforcer l' esprit face aux dangers à venir.
Milena glissa la lanterne à sa ceinture et roula soigneusement le parchemin pour le ranger dans une poche cousue à l’intérieur de sa cape.

Milena Jones et les Aventuriers de la Lanterne Perdue
Elle s’équipa ensuite d’une sacoche avec quelques vivres, et d’un bâton robuste pour affronter les terrains difficiles, puis se dirigea vers les montagnes inhospitalières, là où le ciel semble toujours couvert de nuages lourds et inquiétants.
Là-bas, disait-on, se dresse l’Horloge des Mondes, une relique aussi ancienne que mystérieuse. Jadis, ses rouages émettaient une mélodie subtile et perpétuelle, une harmonie qui maintenait en équilibre les deux royaumes et leur mémoire collective. Mais aujourd’hui, ce frémissement s’éteint lentement, changé en une lamentation, parfois remplacé par un silence oppressant.
Milena se mit en marche et pendant des heures, puis des jours, chaque pas l’éloignait un peu plus du monde familier. Les villages devenaient rares, les forêts plus denses et sombres, et les chemins presque invisibles. À mesure qu’elle s’élevait vers les montagnes, l’air devenait plus froid et, chargée d’une tension inhabituelle, la bise se leva.

Milena se repose : c’est la pause, elle prose sur l’hiver et les choses
Une nuit, alors qu’elle campait près d’une cascade gelée, elle leva les yeux vers les étoiles. Leur lumière semblait faiblir, comme si l’Ombre sans Visage se déployait même jusque dans les cieux.
Serrant la lanterne contre elle, Milena murmura un ancien chant de protection appris de sa mère. La lumière du flambeau scintilla faiblement en réponse, comme un rappel, un signe lui indiquant qu’elle n’était pas seule dans cette lutte.
« Tant que cette lumière brille, il y a de l’espoir, » se dit-elle, avant de reprendre sa route à l’aube, déterminée à affronter l’inconnu.
La Traversée des Montagnes
Le voyage de Milena se poursuivit sous un ciel chargé de nuages, le vent hurlant à travers les vallées. Les chemins escarpés des montagnes de Lunaria sont traîtres, bordés de précipices sans fond et enveloppés d’une brume mystérieuse. Sur le sentier, elle croisa des traces laissées par l’Ombre sans Visage : des fragments d’étoffes, des empreintes d’un noir profond, et des murmures étranges portés par les bourrasques.
Milena ressentit la présence écrasante de l’Ombre, mais elle puisa une immense énergie dans la lanterne, dont la lumière sereine chassait les ténèbres autour d’elle.
A un détour du chemin, un obstacle inattendu se présenta : une muraille de glace, formée par le froid éternel des montagnes se dressait devant elle.
Elle se souvint alors d’un chant solaire appris de sa mère et le murmura doucement.
La chaleur de sa voix se mêlait à la lumière du fanal qu’elle dirigeait vers l’obstacle. Faiblement la glace émit un gémissement et commença à se fissurer, ouvrant un passage étroit et long, dans lequel Milena se glissa. Les parois de glace réverbéraient la lumière de son falot, en des jeux de miroirs inquiétants, elle avança dans cette cathédrale gigantesque, qui s’ouvrait à mesure de sa progression.
Le silence n’était rompu que par les craquements sinistres de la glace.
Enfin la traversée de l’obstacle prit fin et la voie s’ouvrit, elle retrouva le chemin caillouteux qui s’étirait à nouveau devant elle.

Entre chant solaire et parois polaires : la voix brise-glace
Alors que Milena approchait des contreforts des cimes de la montagne, la lumière de sa lanterne vacilla. L’aquilon cruel descendu des froids sommets lui clama des avertissements, des mots indistincts emportés par les rafales.
À chaque pas, le chemin devint plus ardu : des éboulis de pierraille obstruaient le sentier, et tout autour d’elle, les ombres, s’étendaient comme des griffes.
Soudain, une faible luciole parut la guider vers un énorme trou noir dans la paroi.
La, un vieil ermite, transis, vêtu d’une simple cape immaculée, était assis à l’entrée. Sa barbe blanche miroitait comme la neige, et ses yeux brillaient d’un étrange éclat.
« Tu cherches l’Horloge des Mondes, » dit-il d’une voix rauque, mais douce. Milena acquiesça.

L’ermite givré : barbe de neige, sagesse sans âge
Givré Chambertin bien sur
« Alors sache ceci : pour atteindre l’Horloge, tu devras affronter quatre épreuves. Chaque épreuve testera non seulement ta force, mais aussi ton cœur. Si tu échoues, l’Ombre sans Visage n’aura plus de barrière, et les deux royaumes tomberont dans l’abandon et l’indifférence. »
A ces mots, il tendit à Milena une clé en cristal, étincelante comme l’aurore.
« Cette clé te guidera, mais elle n’ouvrira pas toutes les portes. Souviens-toi : ce n’est pas toujours la lumière qui montre le chemin, parfois, l’ombre contient la vérité. »
Sur ces mots énigmatiques, l’ermite disparut, comme une brume emportée par le vent.
La Première Épreuve : Le Pont des Reflets
Guidée par la clé de cristal, Milena poursuivit son chemin. Après plusieurs heures de marche par des sentiers escarpés, elle parvint à un pont suspendu au-dessus d’un gouffre insondable. Le pont semblait fait de verre, miroitant comme un lac calme sous la lumière des étoiles.
Mais lorsqu’elle posa un pied sur la surface transparente, une étrange magie s’activa. Le vent qui soufflait jusque-là en rafale, s’apaisa soudain, et le miroir du pont refléta une image d’elle-même, son double. Pourtant ce reflet n’était pas le sien, pas celui qu’elle connaissait. Il la montrait vêtue d’une armure sombre, armée d’une épée et les yeux scintillant de défiance.

Le pont des vérités : quand le reflet devient défi
face à son reflet, faut-il fuir ou faire face ?
Le reflet lui parla en ces mots singuliers :
« Qui es-tu, Milena ? Une enfant de la lumière ou une enfant de l’ombre ? Tu ne peux pas être les deux. Choisis, et franchis ce pont, ou reste dans l’indécision, et dans les errements. »
Ces mots résonnaient comme un défi, mais aussi comme un piège.
Milena s’arrêta, déconcertée. Elle comprit que choisir une seule facette de son être reviendrait à trahir l’autre. Elle regarda la clé de cristal, cherchant un avis ou un support, mais celle-ci ne semblait pas vouloir indiquer de réponse, ni l’aider.
Après un instant de réflexion, elle s’avança au bord du pont et s’adressa à son reflet.« Je ne suis ni seulement lumière, ni seulement ombre. Je suis les deux. La lumière m’apprend à avancer, et l’ombre me rappelle ce qui est caché mais essentiel. Je ne choisirai pas, car mon essence, est l’alliance des deux. »
À ces mots, le pont se métamorphosa. Le miroir cristallin se transforma sous ses pieds, l’illusion fit place à un solide plancher bien stable. Son reflet s’estompa, et une voix douce et rassurante murmura :
« Tu as passé la première épreuve. Avance, Milena. Mais souviens-toi, l’équilibre est une flamme fragile. »
La Deuxième Épreuve : La Forêt du Silence
Au-delà du pont, Milena entra dans une forêt dense et silencieuse. Les arbres étaient si hauts qu’ils semblaient toucher le ciel, et leurs feuilles sombres masquaient la lumière des étoiles.
Alors qu’elle progressait, elle sentit une oppression étrange : le silence de la forêt n’était pas naturel. Il était lourd, angoissant, presque vivant. Aucun son ne troublait l’air immobile, pas même celui de ses propres pas.
Puis, un murmure perça ce calme paralysant :
« Milena… Tu ne trouveras pas l’Horloge. Oublie ta quête. Repose-toi ici, dans le silence éternel. »
La voix s’amplifia, se multipliant pour devenir une cacophonie de doutes et de peurs. Milena sentit une ankylose comme un poids énorme peser sur elle, une fatigue extrême qui l’entravait, l’asphyxiait.
Elle s’arrêta, ferma les yeux et se concentra sur son souffle. Le parchemin d’incantations qu’elle portait dans sa sacoche lui revint en mémoire. A gestes comptés, elle le sortit et commença à psalmodier une mélodie apprise dans son enfance, une chanson transmise par sa mère et son père.
Les mots en sont simples, mais recèlent une puissance mystérieuse :
« Ombre et lumière, dansez dans l’éclat, Le silence ne m’arrêtera pas. Étoiles perdues, montrez votre chemin, Ma voix brise les chaînes du destin. »
Au fur et à mesure qu’elle chantait, les murmures s’estompaient. La lumière de sa lanterne brilla plus intensément, et un chemin clair apparut devant elle, bordé de fanaux lumineux. La forêt semblait s’écarter, comme apaisée.

Forêt figée, fleurs féeriques : la lumière fait fi des fantômes" "Chant qui chasse, lanterne qui trace, les ténèbres s’effacent
Milena poursuivit prudemment sa route vers les cimes de la montagne.
La Rencontre avec l’Esprit du Temps
A la fin de ce jour de marche, Milena atteignit finalement l’Horloge des Mondes. Colossale et majestueuse, elle semblait être un fragment d’un âge ancien. Ses engrenages d’or et d’argent étaient envahis par des ombres mouvantes, et le tic-tac saccadé ressemblait plus à une lamentation, un sanglot.
L’Esprit du Temps, une figure translucide et éthérée, apparut devant elle. Il lui parla d’une voix grave et mélodieuse :
« Milena, tu es venue de loin, mais ton chemin n’est pas encore achevé. Pour restaurer l’Horloge, il te faudra affronter l’Ombre sans Visage dans son antre. Mais prends garde : elle est le reflet de tout ce que les deux mondes ont choisi d’oublier. Si tu succombes à ses illusions, tout sera perdu. »

Le Gardien du Temps : entre lumière et éternité
Milena inclina la tête, résolue. Avec sa lanterne en main et le parchemin dans son sac, elle se prépara à pénétrer au cœur du repaire de l’ombre…



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