La Princesse Grenouille - Partie 2
- Alain Mihelic

- il y a 2 heures
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Suite de : La Princesse Grenouille Partie 1
"La Princesse Grenouille - Partie 1"
Dans le château de Kochtcheï, Ivan avait affronté l’Immortel — et avait failli y laisser la vie.
Ni ses flèches, ni sa force n’avaient pu entamer ce corps qui n’était qu’une illusion.
Ivan avait échoué à libérer la Princesse Grenouille.
Mais avant de fuir, il avait compris l’essentiel : la mort de Kochtcheï n’était pas en lui, il fallait la chercher sur l'Ile de Bouian.
Vers l’île de Bouïan
Le souffle court, la tête en feu, Ivan comprit qu’il lui fallait accomplir l’impossible : atteindre l’île de Bouïan, l’île qui flotte entre les mondes, et qui n’apparaît que pour les cœurs résolus ou désespérés.
Le cheval traversa les plaines, surmonta les tempêtes et franchit l’horizon comme on déchire un voile.
Alors le monde changea : les étoiles se mirent à flotter devant lui comme des lanternes, et les nuages se dressèrent en montagnes mouvantes, ouvrant leur passage au rythme de sa course.
Une nuit, enfin, il atteignit la Mer.
L’eau, d’abord calme, semblait hésiter. Puis les flots s’entrouvrirent, révélant un gouffre obscur.
Lentement l’île sanctuaire émergea, surmontée d’un chêne colossal dont les racines plongeaient dans les profondeurs du monde, tandis que ses branches déployées paraissaient soutenir le ciel lui-même.
Baba Yaga n’avait pas menti.

Traversée maritime sans option de retour
Le moment exact où le héros regrette de ne pas savoir nager
L’Arbre du Destin
Au pied du chêne, Ivan trouva un tertre de terre noire. Il creusa longtemps. Puis sa main toucha une paroi de métal : le coffre. Il le dégagea complètement. Il était énorme.
Il tenta de l’ouvrir — en vain. Les charnières étaient scellées par un sort ancien.
Alors l’arc magique lui murmura :
« Frappe le cœur du coffre, et libère ce qu’il enferme. »
Ivan décocha une flèche sur le verrou, et le couvercle s’ouvrit dans un souffle de lumière.
Du coffre surgit un lièvre gigantesque, bondissant avec une rapidité fulgurante.

Poser un lapin !
Vif, Ivan décocha une autre flèche. Le lièvre esquiva, mais la flèche magique le poursuivit, tourna et le frappa au flanc. De la bouche du lièvre blessé, jaillit un canard d’or qui s’envola aussitôt.
Ivan le poursuivit et courut sur la plage.
Le canard plongea dans la mer.
Le cheval de Baba Yaga hennit, se jeta à sa suite dans les vagues.
Au bout d’un moment, le canard propulsé hors des flots par le cheval, atterrit épuisé sur le sable. Il ouvrit le bec d’où tomba un œuf lumineux.

Et le lendemain le Canard était toujours vivant !
Mais avant qu’Ivan ne le ramasse… l’œuf se mit à trembler.
Et à l’intérieur il entendit… le tintement d’une aiguille :
........ la vie de Kochtcheï.

Qui vole un Œuf …
L’Œuf qui fuit
Au moment où Ivan tendait la main vers l’œuf, celui-ci roula soudain, comme animé d’une volonté propre.
Puis il bondit, tel une luciole affolée, et s’envola dans les airs.
« Non ! » s’écria Ivan, se jetant à sa poursuite.
L’œuf zigzaguait entre les branches du grand chêne, fuyant comme une créature vivante, comme si Kochtcheï lui-même sentait la menace peser sur sa vie.

Œuf fuyant, fragile destin, quand la vie se dérobe
Au même instant, très loin dans son château de ténèbres, Kochtcheï le Maigre hurla :« Qui ose toucher à MON âme ? »
Il sentit son pouvoir menacé, et dans un tremblement de hâte, il se dissipa pour rejoindre Bouïan.

Mon Ame, mon précieux !
La Tempête se lève
Sur l’île sacrée, le ciel se déchira.
Le vent hurlait comme mille loups.
Les vagues se dressaient, griffant le rivage.
Ivan courait toujours, guidé par la lueur de l’œuf qui filait entre les racines. Mais soudain, un éclair éclata derrière lui.
Kochtcheï venait d’apparaître.
Transformé.
Il était maintenant rapide, furieux, porté par la panique de sa survie.
Ses yeux jetaient des éclairs noirs.
« Ne touche pas à CET ŒUF ! » gronda-t-il, et chaque mot faisait vibrer les pierres.

Œuf qui roule n’amuse pas masse
Ivan contre Kochtcheï
Ivan banda son arc magique et tira plusieurs flèches.
Mais Kochtcheï se faufilait comme une ombre liquide, il bondit, agrippa Ivan par les épaules et le souleva du sol comme un enfant.
La peau du monstre était glacée et irradiait un froid de tombeau.
Ivan sentit ses forces fondre, son souffle s’évanouir.
« Tu n’es qu’un mortel… » siffla Kochtcheï. « Tu n’aurais jamais dû venir ici. »
Mais un hennissement fendit l’air.
Le cheval de Baba Yaga surgit, et rua dans le flanc du démon. Kochtcheï lâcha prise.

Ruer dans les brancards
Cet instant suffit. Ivan se dégageât, et courut vers l’Œuf.
Celui-ci, déséquilibré par le souffle de la tempête, tomba et roula au pied de l’Arbre.
Ivan le saisit.
L’œuf tremblait comme un cœur vivant.
Ivan sentait à l’intérieur… le battement de l’aiguille.
Derrière lui, Kochtcheï hurlait et chargeait.
Ivan leva l’œuf au-dessus de sa tête.
Kochtcheï bondit.
Ses griffes allongées comme des faux visaient la gorge du prince.
Ivan serra l’œuf dans sa main.

Touche pas à mon œuf !
Une voix douce, lointaine, résonna en lui — celle de sa princesse :
« Ivan… brise-le… »
Alors, avec toute la force du désespoir, Ivan écrasa l’œuf entre ses doigts.
Il sentit l’aiguille frémir, vibrer.
Elle essaya de sauter hors de sa main, comme un serpent de métal vivant. Elle tentait de s’enfuir !
Kochtcheï poussa un cri qui n’était plus humain.
Il tomba à genoux, sa chair se flétrissant comme un vieux parchemin.

Un neuf dur !
La destruction
Ivan comprit.
C’était l’instant.
Il attrapa l’aiguille argentée.
Elle brûlait et frétillait, cherchant a s’échapper.
Elle voulait le piquer, le blesser.
Il la plia.
Un premier craquement retentit.
Kochtcheï hurla.
L’île entière trembla.
Ivan plia l’aiguille une seconde fois.
Lorsque l’aiguille se brisa en deux, une lumière blanche jaillit, déchirant ciel, mer et terre.
Kochtcheï s’effondra.
Son corps se désagrégea, se fragmenta en poussière.

Pique et pique et collé gramme
Puis le vent se calma.
La mer s’apaisa.
L’île de Bouïan, libérée, respira.
Et au milieu de la clarté retrouvée…
une silhouette …. et
La Princesse apparut.
Celle qu’Ivan avait connu comme grenouille, puis comme épouse trop éphémère, se tenait là, vêtue d’une robe claire comme l’aube.
Ses yeux portaient encore la trace des enchantements, mais brillaient de sa liberté retrouvée.
« Ivan… tu as fait l’impossible », murmura-t-elle.
Puis, d’une voix plus douce encore, elle ajouta :
« Kochtcheï m’a changée en grenouille, car je refusais de plier devant son pouvoir. »
Ivan tomba à genoux.
Elle lui prit la main et le releva.
« Mon prince. Mon sauveur. Allons désormais vers notre destin, ensemble. »

A genoux mon beau prince !
Le Retour du Prince et de la Princesse Grenouille
Quand l’île de Bouïan se dissipa comme un rêve, Ivan sentit le sol se dérober sous ses pieds.
Une lumière vive les enveloppa, lui et la princesse, et en un instant ils se retrouvèrent sur la terre ferme, au seuil du royaume des hommes.
Ils chevauchèrent longtemps, mais le voyage n’avait plus rien d’effrayant.
Les forêts qui avaient semblé sombres s’ouvrirent comme pour les accueillir.
Les rivières chantaient, les oiseaux venaient se poser sur l’épaule de la princesse, comme s’ils la reconnaissaient.
Un soir, alors qu’ils se reposaient près d’un feu, Ivan lui demanda :
« Quel est ton vrai nom ? Celui que tu avais avant la malédiction… »
Elle sourit, un sourire qui éclaira la nuit :
« Je m’appelle Vassilissa. Vassilissa la Sage. »
Ivan comprit alors la profondeur du sort : Kochtcheï n’avait pas seulement emprisonné son corps, mais aussi volé son identité, son histoire.
« Tu seras libre désormais », dit-il.
Le lendemain matin, le cheval de Baba Yaga s’approcha d’eux, hennit doucement, comme pour dire adieu, puis, dans un tourbillon de poussière, retourna vers son étrange maîtresse.
Ivan et la princesse restèrent seuls sur le chemin menant à la capitale déjà proche.

L’Adieu au compagnon de Route
Le Royaume en émoi
À leur retour, le royaume était en chaos.
La disparition d’Ivan, puis les rumeurs sur Kochtcheï, avaient semé la panique. Certains pensaient le prince mort.
D’autres affirmaient l’avoir vu errer comme un fantôme dans les montagnes.
Lorsqu’il franchit la grande porte du palais, les gardes restèrent figés. Puis ils tombèrent à genoux.
« Prince Ivan ! Vous êtes vivant ! »
La nouvelle se répandit comme un incendie :
Le prince est revenu !
Les cloches sonnèrent dans toute la ville.
La foule envahit les rues.

Ils avançaient comme sur un nuage
Quand ils virent Ivan arriver avec la princesse d’une beauté lumineuse, les gens s’écartèrent comme devant une apparition sacrée.
Le Tsar à l’annonce de leur retour, descendit les marches du palais en trébuchant d’émotion.
« Mon fils… mon fils… »
Il l’embrassa comme s’il avait retrouvé un trésor perdu.
Puis ses yeux se posèrent sur Vassilissa.
« Quelles aventures étranges avez-vous traversées pour être ainsi transfigurés? »
« Père, voici Vassilissa la Sage, dit Ivan. celle qui fut ma femme par enchantement… et qui pourra l’être désormais par choix. »
Les noces du renouveau
Le Tsar ordonna une grande célébration.
Des draps d’or ornèrent les rues, les musiciens jouèrent trois jours sans s’arrêter, et les fontaines furent remplies de vin doux.
Vassilissa, enfin libre, marchait avec la grâce d’une reine, née pour s’épanouir dans la pleine lumière.
Elle portait une robe tissée de fils d’argent, offerte par les femmes du palais, et sa présence seule semblait apaiser les cœurs.
Au moment des vœux, elle prit la parole :
« Ivan m’a délivrée non par la force, mais par la fidélité.
C’est un prince qui n’a pas cassé un enchantement : il a vaincu la mort elle-même.
Je veux marcher à ses côtés. »
La foule exulta.
Et quand ils s’embrassèrent, un vent doux et caressant passa dans la salle — comme si Bouïan elle-même leur accordait sa bénédiction.

Baiser donné, Rêves mouvants
Mais les ombres murmurent encore…
Pourtant, ce même soir, alors que le palais s’assoupissait paisiblement, un vieux mage du royaume s’approcha d’Ivan.
« Prince… l’âme de Kochtcheï est détruite, oui, mais son ombre, elle, rôde encore.
Là où un immortel succombe, une trace demeure… »
Ivan fronça les sourcils. « Que veux-tu dire ? »
Le mage répondit :
« Tu as gagné une épouse… mais aussi un ennemi dont le corps est immatériel, et c’est tout aussi dangereux. »
Ivan ressentit un frisson.
La nuit, alors que Vassilissa dormait paisiblement à ses côtés, …Ivan comprenait que le monde, lui, n’était pas encore totalement en paix.
Et quelque part, dans un souffle que nul ne percevait, une ombre sans nom ouvrait un œil…

L’œil était dans la Chambre et regardait câlin



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