Arkaim : la mystérieuse cité fortifiée de l’âge du bronze
- Alain Mihelic

- 26 juin 2020
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 mai
Perdue dans les steppes du sud de l’Oural, Arkaim est l’un des sites archéologiques les plus fascinants de Russie. Vieille de plus de 4000 ans, cette cité circulaire fortifiée de l’âge du bronze intrigue encore aujourd’hui chercheurs et visiteurs.
Contemporaine de Babylone et des premières grandes civilisations du Proche-Orient, Arkaim révèle l’existence, au cœur des steppes eurasiatiques, d’une société déjà organisée, maîtrisant l’urbanisme, la métallurgie et probablement l’observation astronomique.
Découverte relativement récemment, la cité est devenue un site majeur pour l’étude des anciennes populations indo-européennes et des cultures proto-indo-iraniennes.

Une cité liée à la culture Sintashta
Arkaim est généralement attribuée à la culture de Sintashta, une civilisation de l’âge du bronze moyen apparue entre le XVIIIᵉ et le XVIIᵉ siècle avant notre ère dans les steppes du sud de l’Oural.
Cette culture est considérée par de nombreux chercheurs comme proto-indo-iranienne, c’est-à-dire liée aux populations qui migreront plus tard vers l’Asie centrale, l’Iran et l’Inde.
Arkaim ne représente donc pas seulement une curiosité archéologique régionale : le site pourrait contribuer à mieux comprendre les origines et les déplacements des premiers peuples indo-européens.
Arkaim est un des sites archéologiques les plus célèbres de Russie.
En complément à cet article, visitez sur mon blog : « Art des steppes ou art nouveau ».
Une cité circulaire unique
La caractéristique la plus spectaculaire d’Arkaim reste sa structure circulaire parfaitement organisée.
Vue du ciel, la cité ressemble à une immense roue composée de plusieurs anneaux concentriques. Cette disposition n’était pas seulement esthétique : elle répondait à des besoins défensifs, communautaires et probablement symboliques.
L’ensemble était protégé par :
une large douve de plus de deux mètres de profondeur,
une fortification extérieure en bois et briques,
des passages contrôlés permettant l’accès à la ville.
La palissade externe atteignait environ cinq mètres de hauteur et possédait un chemin de ronde couvert, donnant à l’ensemble l’apparence d’un véritable château-fort de l’âge du bronze.
Certains auteurs rapprochent le nom Arkaim de racines slaves liées à l’ours ou à Vêlés, dieu associé à la connaissance et aux richesses.
Vêlés est le dieu slave de la richesse, du pouvoir, et de la connaissance, il est avec son frère Svarog (le dieu du ciel), fils du Dieu Principal des Slaves : le dieu Rod.
Voir Article : « Mythologies Slaves Partie 1 ».
Voir Article « Mythologies Slaves Partie 2 ».
La Cité d'Arkaim un centre religieux et intellectuel :
La colonie a une structure circulaire originale (ci-dessus sa reconstitution en maquette) : elle est construite comme un observatoire astronomique, donnant les équinoxes, les solstices et les lunaisons, au même titre que Stonehenge ou Carnac.
À Arkaim, on observait 18 phénomènes astronomiques, utilisant 30 éléments architecturaux, avec une précision de un arc-minute. Ces mesures sont plus précises que celles de Stonehenge (observation de 15 phénomènes astronomiques en utilisant 22 éléments, précision : de 10 arcs minutes à un degré).
Toutefois, les débats restent ouverts concernant l’ampleur réelle des connaissances astronomiques des habitants de la cité. Comme souvent en archéologie ancienne, certaines interprétations demeurent discutées.
En plus de l'ancienne colonie, des dizaines de lieux de vie, non fortifiés, ont été découverts à proximité. ( Photo ci-dessous )

Photo : Alexey Jirukhin – bepowerback.livejournal.com
Les habitants de la colonie appartenaient à la race caucasienne.
Selon l'une des versions les plus admises, la ville était le centre spirituel du peuple vivant ici, les prêtres y séjournaient et pratiquaient des rituels, la tribu s'y réunissait pour les fêtes saintes.
Arkaim était un lieu où science et spiritualité étaient intimement liés
Aujourd'hui, Arkaim est un lieu de pèlerinage pour de nombreux visiteurs en quête de spiritualité, en partie à cause des spéculations sur son rôle dans les rites religieux antiques et son lien supposé avec des éléments cosmiques et mystiques.
Description architecturale :
Sur la maquette ci-dessous, on relève que la cité est construite tout comme un château-fort :
Une douve, de 2 à 2.3 mètres de profondeur, entoure la colonie.
La palissade externe, d’un diamètre d'environ 170 mètres, est une fortification de 5 mètres de hauteur, avec chemin de ronde couvert, le tout en rondins de bois, montés sur lits de briques.
À l’intérieur de cette enceinte se dressent 2 cercles de logements. On compte 25 habitations dans le cercle intérieur et 35 dans le cercle extérieur.
Chaque logement avait une longueur de 16 à 22 mètres, pour une superficie variant de 100 à 180 mètres carrés. Chacun de ces « appartements » était lui-même subdivisé en chambres, partie commune etc..
Le cercle intérieur a un diamètre de 85 mètres, et en son centre une zone d’un diamètre de 25-27 mètres servait de temple en plein air.
La ville possédait un bon système de drainage et une collecte des eaux de ruissellement, ainsi que des eaux usées.
Pour une cité vieille de quatre millénaires, ce niveau d’organisation reste remarquable.

Un centre métallurgique important
Arkaim était également un centre de production métallurgique majeur.
Les fouilles ont mis au jour :
des fours,
des moules,
des outils,
des objets en bronze et en cuivre.
La culture Sintashta est d’ailleurs connue pour son avance technologique dans le travail des métaux ainsi que pour le développement des premiers chars de guerre indo-européens.
L’âge du bronze marque aussi l’apparition d’un important symbolisme géométrique. De nombreux motifs ont été retrouvés sur :
les poteries,
les armes,
les bijoux,
les objets rituels.
Parmi eux figurent des symboles solaires et des motifs tournants associés aux représentations cycliques du monde et du temps.
L'âge du bronze est caractérisé par un symbolisme géométrique. Ce symbolisme imprégnait littéralement tout ce qui était produit par l'homme. Les chercheurs ont trouvé ces symboles, en particulier des croix gammées (symbole du soleil), sur des récipients en céramique trouvés dans l'ancienne colonie, ainsi que sur des bijoux, des armes en bronze et sur des moules.
Spiritualité et interprétations modernes
La fonction exacte d’Arkaim reste encore partiellement mystérieuse.
Certains spécialistes estiment que la cité possédait un rôle religieux ou cérémoniel important. D’autres privilégient une fonction essentiellement défensive et artisanale.
Aujourd’hui, le site attire également de nombreux visiteurs en quête de spiritualité. Arkaim est devenu, au fil des années, un lieu associé à diverses interprétations mystiques et symboliques.
Des formations en spirale visibles sur certaines collines voisines alimentent notamment de nombreuses spéculations modernes.
Il convient toutefois de distinguer les faits archéologiques établis des interprétations ésotériques plus récentes.
L’emplacement de sépultures a été découvert non loin d'Arkaim, à 1,5 km de la colonie.
Le cimetière est constitué de monticules, tumulus, dont le plus grand a un diamètre de 17-19 m certains d'entre eux occupant une position dominante.

Photo du site - Yandex.ru
Sur le sommet de 2 collines volcaniques proches, se déploient d’étranges spirales, comme en témoignent les deux photos ci-dessous :


Distribution Géographique des sites analogues :
Plus de deux douzaines de colonies similaires ont été découvertes dans la région de Tcheliabinsk, au sud-est du Bachkortostan, à l'est de la région d'Orenbourg et au nord du Kazakhstan. Chronologiquement, elles appartiennent toutes à l'âge du bronze moyen.
Ces colonies forment un complexe appelé le « Pays des villes ». Toutes sont situées sur un territoire très compact d'un diamètre d'environ 350 kilomètres, datant de la même époque.
Ces colonies sont implantées à environ 60 à 70 kilomètres les unes des autres, à une distance d'un ou deux jours de marche. Distance, pratique, pour le commerce, et pour la défense.
Ces récentes découvertes contribuent à approfondir notre compréhension des structures sociales, politiques et commerciales de cette ancienne civilisation.
Les recherches actuelles se penchent également sur les liens possibles entre Arkaim et les migrations indo-européennes, en particulier celles des Proto-Indo-Iraniens. Cela suscite des débats sur le rôle de la région des Oural dans les premiers progrès technologiques et sociétaux de l'humanité.
La Carte ci-dessous nous donne quelques-uns des principaux sites.

Une disparition encore énigmatique
Après plusieurs siècles d’occupation, Arkaim fut abandonnée.
Les archéologues pensent que les habitants quittèrent la cité de manière organisée, emportant avec eux la plupart des objets de valeur et des ressources importantes.
De nombreuses traces indiquent également que la ville aurait été volontairement incendiée avant son abandon définitif.
Les raisons exactes de cette disparition restent inconnues :
migrations,
changements climatiques,
transformations sociales,
déplacements commerciaux,
conflits régionaux.
Le mystère demeure.

Conclusion
Redécouverte seulement au XXᵉ siècle, Arkaim continue de fasciner archéologues, historiens et voyageurs.
À la fois forteresse, centre métallurgique, cité organisée et probable lieu cérémoniel, Arkaim témoigne du haut niveau de développement atteint par certaines sociétés des steppes eurasiatiques il y a plus de 4000 ans.
Bien loin de l’image de territoires sauvages et vides, les plaines du sud de l’Oural abritaient déjà des communautés complexes, capables d’architecture avancée, d’organisation collective et de savoir-faire techniques remarquables.



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