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  • Photo du rédacteurAlain Mihelic

L’Alphabet Yanalif et l'influence Turque en Russie

Dernière mise à jour : 14 janv.

Le Yanalif (ou Janalif) est un alphabet unifié, à base de lettres latines, appliqué uniquement aux langues turques, qui fut utilisé officiellement en URSS en 1928-1938. (par endroits jusqu'en 1940), avant sa reprise en cyrillique.


Il nous faut au préalable revenir sur l’histoire, pour expliquer cette forte présence Turque en Russie et dans les pays de centre Asie :


Extension de la Présence Turque :

Dans notre article consacré à l’Altaï, ( https://www.culture-russe.com/post/balade-touristique-en-altai), nous avons décrit les signes et les traces des civilisations proto turques dans cette région.


Cette présence Turcophone s’est historiquement étendue à tout le sud Sibérie, incluant la Mongolie, d’où elle semble originaire, et jusqu’à la mer Noire.


Extension en 850, et Origine présumée des Peuples Turques

Larousse


Sortis sans doute de l'Altaï et de la Mongolie, les Turcs ont occupé dans un premier temps les forêts sibériennes et les steppes mongoles et eurasiatiques (de l'Ob à la Caspienne).


Ils seront repoussés graduellement de ces territoires par les Chinois à l’Est et par les Varègues puis les peuples Slaves à l’ouest, laissant cependant de fortes communautés derrière eux.


Ci-dessous l’avancée des Varègues :


Impressionnante extension territoriale des Nord-men


La conquête mongole au 12eme siècle a solidement établi la langue et la culture turques dans les vastes domaines de la Horde d'Or (Crimée, région de la Volga, Sibérie) et du khanat de Djaghataï (futurs Turkestans russe et chinois).


Une seconde vague d’expansion Turque, verra l’éclosion de l’Empire Ottoman.


La Fin de l'Empire Romain d'Orient


Les Ottomans ont étendu leur domination vers l’ouest, jusqu'aux portes de Vienne et en Afrique du Nord pendant les 15eme et 17eme siècles (retrait de Tunisie en 1705 et d’Algérie en 1830), avant de se trouver bousculés et se replier sur la seule Turquie autour de Constantinople (Istanboul).


Méditerranée tropisme, boucle presque fermée



Ces peuples turcophones dominent aujourd'hui dans la république de Turquie ainsi que dans les républiques d'Azerbaïdjan, du Turkménistan, d'Ouzbékistan et du Kirghizistan ; ils forment des minorités plus ou moins importantes au Kazakhstan et dans le Tadjikistan, en Russie, en Chine (Xinjiang), en Iran et même en Europe (Turcs des Balkans).


De religion chamaniste à l'origine, ils ont été touchés par le bouddhisme et le christianisme nestorien, mais sont aujourd'hui musulmans.



Zones linguistiques Turcophones



L’écriture Ancienne Turque Orkhon-Ienisseï :


L'ancienne écriture turque fut utilisée en Asie centrale pour les enregistrements dans les langues turques aux VIIIe-Xe siècles après JC.


Ce nom "écriture Orkhon-Yenisseï" provient des premiers lieux de découvertes de traces écrites (pétroglyphes) mises à jour dans la vallée de la rivière Orkhon et dans le cours supérieur de la rivière Yenisseï.


Sa création probable date du VIIIème siècle. L’Orkhon s’écrivait horizontalement, et de droite à gauche et comportait de 37 à 43 caractères, selon les régions.


Cette écriture est du type : syllabique-alphabétique transitive. Elle fut appliquée aux langues : Orkhon-Turc, Yenisei-Kirghize, Orkhon-Ouïghour, Kurykan, Turfan-Ouïghour



Variante 1


Variante 2

Variante 3


Le Yanalif :


Le YANALIF (nouvel alphabet turc / Новый тюркский алфавит), aussi écrit Yañalif ou Jaꞑalif (en tatar latin : Jaꞑa əlifba / Yaña älifba, et en tatar cyrillique : Яңалиф, qui signifie « nouvel alphabet »), fut le premier système d'écriture en latin utilisé pour le tatar, le kazakh, le kirghiz, l'ouzbek, le turkmène et quelques autres langues turques de l'Union soviétique dans les années 1930. Il a remplacé en 1928 le "Yaña imlâ" basé sur l'alphabet arabe.



Le turc est une langue altaïque, nécessitant huit voyelles brèves et 3 longues, contrairement aux langues sémitiques comme l'arabe (trois voyelles) ou l'hébreu, (qui comprend 7 voyelles), qui utilisent seulement les voyelles pour distinguer des mots homographes.


Le système d'écriture arabe, même amenagé pour correspondre aux autres langues, pose problème pour la transcription de celles ayant une grande variété de phonèmes vocaliques. L'alphabet latin se trouve être mieux adapté pour répondre à cette situation et facilite ainsi grandement l'apprentissage de la lecture du turc.


Le turc, voisin du mongol (avec lequel il a beaucoup de traits communs) est très éloigné de l’arabe et du persan de par sa phonologie (riche en voyelles), sa morphologie (c’est une langue dite agglutinante), sa syntaxe (les normes de position sont inverses) et son lexique, profondément original.


Au milieu du XIXe siècle, des grammairiens ont commencé à écrire les langues turques en cyrillique ou en latin, principalement en Azerbaïdjan.

Dans les années 1990 au Tatarstan, des tentatives ont été faites pour faire revivre le Yanalif avec l'ajout de la lettre W pour refléter plus pleinement la phonétique tatare.


En Union Soviétique, le Yanalif s’est imposé pour une courte période, mais fut à son tour remplacé par l'alphabet cyrillique en 1939.


Yaꞑalif (1928—1940)


Alphabet Alphabet arabe Alphabet Tatar Alphabet Tatar

Yaña imlâ Basé sur le Latin Basé sur le Cyrillique

Belle Gymnastique intellectuelle

En 2000, une nouvelle version de l'alphabet latin a été adoptée au Tatarstan, proche de l'alphabet turc moderne, mais en 2002, son usage officiel a été interdit par décision de la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie.

» En 2003, une version tatare en latin pour Internet est apparue, qui a reçu le nom officieux "inalif" (un hybride des mots Internet + älifba). L'objectif principal d'inalif était de normaliser les textes écrits à l'aide du clavier anglais, qui ne comporte pas de signes diacritiques et de lettres turques spécifiques. Inalif s'est formé sous l'influence des habitudes de translittération de la langue russe.


Dans inalif, les lettres turques spéciales sont représentées sous forme de digraphes, les voyelles douces sont représentées comme une combinaison de leur consonne dure appariée avec une apostrophe. L’Inalif est utilisé uniquement sur Internet. »



L’inflexible révolution d’Ataturk :


Le mouvement qui met en place le Janalif, s’était propagé dans tout le monde Turcophone, et en 1928, Mustapha Kemal Atatürk impose en Turquie l’usage de l’alphabet Latin en remplacement de l’alphabet Arabe.



Le Président-Instructeur au Tableau !


Les communautés Turcophones à l’international vont suivre.


"Quelques lettres spécifiques furent ajoutées : ç (« tch »), ğ (allongement de la voyelle précédente), ö (« eu » comme dans « peu »), ş (« ch »), ı (i sans point) et ü (« u » comme dans « flûte »).

L'alphabet turc se compose désormais de 29 lettres : 21 consonnes et 8 voyelles".

Wikipédia


Cet alphabet était le produit d'un choix politique et idéologique tendant à laïciser la langue.


Le poids religieux de cette réforme est à rechercher dans la structure même de l'Etat islamique théocratique et multinational qu'était l'Empire ottoman. Sous l'intense influence de la culture arabe et persane, la langue écrite officielle et littéraire était devenue un idiome savant, riche en termes arabes et persans, de plus en plus éloigné du parler turc vivant et rendu inaccessible à la masse populaire turque.



La mise en œuvre de cette réforme fut une rupture fondamentale pour la tradition écrite, jusque-là exclusivement en arabe et bien sur fut l’objet d’une résistance du système religieux.


Les principales lettres du nouvel alphabet turc en 1932 :


Alfa B Turque


Pas trop tard pour vous mettre au Turc, qui sont réputés tes forts

Table de Wikipedia



Implications en Russie, le cas Tatar :


La langue tatare se divise en de nombreux dialectes qui conservent jusqu'à aujourd'hui des traces des différentes peuplades qui ont formé cette ethnie. La langue littéraire s'est formée sur la base du dialecte de Kazan.


La langue tatare appartient à la branche kiptchak des langues turques et descend du polovtsien.


Les Cumans ou Kumans (ko͞oˈmänz), peuple nomade turc oriental, identifié aux Kipchaks, sont connus en russe sous le nom de Polovtsi.


Si ce nom vous dit quelque chose c’est que vous avez surement entendu la musique de l’opéra d’Alexandre Borodine : le Prince Igor, et ses Danses Polovtsiennes :



Les variantes les plus proches sont : le Bachkir, le Kazakh et le Karakalpak.

Le Parlé populaire tatare est divisé en trois dialectes principaux :

  • le dialecte occidental (Misharsky), qui a un lien étroit avec la langue polovtsienne

  • le dialecte de Kazan (moyen) (contient des éléments qu’on retrouve en bulgare)

  • le dialecte oriental (sibérien-tatare), qui s'est formé en tant que langue indépendante, mais en raison de liens politiques et de la réinstallation des Tatars de Kazan en Sibérie, il est devenu proche du dialecte moyen.


L'écriture, sur la base de l'alphabet arabe, est apparue en Tatarie aux XIe et XIIe siècles, venant d'Asie centrale en même temps que l'islam (sunnite).


Avant la formation d'une langue tatare indépendante, les ancêtres des Bachkirs et Tatars faisaient partie de la Horde d'Or et aux 13-19 siècles. Ils utilisaient un langage littéraire commun : la langue Turku, qui présentait un certain nombre de caractéristiques régionales.


Aujourd’hui, Tatarstan et Bachkortostan comptent chacun environ 4 millions de personnes chacun, sur lesquels les Tatars, au sens large, comptent pour la moitié, les autres étant à majorité Russes. Un renouveau des langues régionales à l’instigation des autorités fédérales, s’est fait sentir après 2000, et on peut estimer que 3 à 4 millions de Tatars sont locuteurs en Tatar.


Afin de confirmer la proximité des langues et dialectes, je me suis informé auprès de mes voisins, d’origine Tatare, et ils me confirment pouvoir comprendre assez bien le turc.


Ces caractéristiques linguistiques sont liées aux coutumes locales et surtout religieuses.



Religions dans la Fédération de Russie


Source: Pew Research Center. The Global Religious Landscape .

Countrymeters.info


La Reprise en main soviétique


Dans les années 1930 les relations entre la Turquie et l'URSS se sont fortement détériorées. Même en dépit du fait que l'alphabet d'Atatürk différait du Yanalif, pour le gouvernement soviétique, l'alphabet latin est devenu le symbole du monde bourgeois.

En 1939, la cyrillisation totale des scripts nationaux de l'URSS a commencé. Comme l'a noté Staline, le peuple russe était le chef des peuples socialistes, de sorte que tous les habitants du pays devraient connaître la langue russe.



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Sources de l'Article :


langue turque :


Histoire turque

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