• Alain Mihelic

Faits d’Hiver et Anecdotiques

Après une quinzaine d’années passées entre Europe et Afrique, débarquer dans le monde Soviétique de 1990, n’allait pas de soi, et les chocs surprises émotions stupéfaction, jusqu’à l’ahurissement étaient plutôt le lot quotidien. Voici quelques images de ces temps étranges, pour vous aider à avaler l’amertume de ces moments "perturbants" que nous vivons.

Vous trouverez d’autres anecdotes dans l’article : « la Folie des Filous ».


En hiver 1990-91, premier contact avec Moscou,

... par moins 32. Choc thermique. Tout est gris-sale alentour, des trottoirs, des bâtiments, du ciel, et jusqu’aux gens. Ces gens presque tous habillés de marron et quand c’est vert, c’est pas la bonne taille. Automates, en hâte, courants vers le boulot, le métro, bousculant le touriste déboussolé désorienté, un peu perdu, mais qui ne lâche pas de l’œil son hôtel salvateur.

C’est flagrant, le pays produit de l’uniforme et de l’égalitaire, donc du triste. Saisissement, Trauma, Émotion, Confusion.



foule, neutre, grise, pressee, moscou

Foule Grise et Pressée, Préoccupée


Ci-dessous quelques aspects de Moscou photographiés juste avant l’ « ouverture » et de nos jours. Bien sûr 30 ans ont passé, mais le contraste est suffisamment parlant.



Désolé pas trouvé de photo d’hiver, mais voila a peu près l’ambiance de grisaille. Photo suivante, le meme point de vente, aujourd’hui.






Près du Métro Dobrininskaya dans les années 80


Si si c’est le meme bâtiment !!


Ouaihh pas de bol de tomber sur un Mac chose, mais la mauvaise herbe ça pousse partout





Placette Près d’une Station de Métro avant et après



En 1993, à l’aéroport ....

.... Domodiedovo de Moscou, en attente de transfert vers l’avion, et déjà installé dans l’autobus, je suis témoin d’une scène « gastounesque » de nettoyage de la neige à l’aide d’un réacteur d’avion monté sur un camion.

L’idée est belle, certes un peu bruyante, de vaporiser en place la neige tombée la veille, et nous admirons l’efficacité autant que l’étrangeté de la méthode. Cependant, en s’approchant un peu trop de nous, et dans un superbe dernier virage enthousiaste, le chalumeau majuscule arrache d’un violent courant d’air chaud, les portes du bus, restées béantes pour l’accès des derniers passagers !

Ces pratiques (au sens d’habitude et non d’efficacité) ont bien sur cessé depuis longtemps, meme si au niveau système « D » on peut jeter un regard attendri et amusé vers ces temps héroïques. En tout cas il fallait oser !


Les Bus de transfert



De 1990 à 1998, l’aéroport .......

..... de Domodiedovo fut un de mes "petits" mais constants cauchemars de voyage. Cet aéroport dessert en particulier la Sibérie, ou j’avais fréquemment à faire. Les étrangers dans ces années de post ouverture étaient parqués comme bestiaux, a part, dans des enclos et menés par des chemins balisés, je suppose pour éviter de contaminer l’indigène. Après passage dans le bâtiment central, par les réjouissances de rigueur : de douane de contrôle police etc, on devait se rendre dans la partie réservée aux touristes, située dans un satellite, bâtisse circulaire a environ 150 mètres du corps principal, vers les pistes. Théoriquement ce bâtiment était relié au hall principal par un corridor couvert, mais dans la pratique, on vous enjoignait de passer par l’extérieur.


Depuis le toit du satellite, vue vers le corps principal



Il était strictement interdit de photographier l’aéroport


Il fallait pour atteindre le point d’enregistrement, outre affronter le froid, trainer sa valoche, zigzaguer entre les bus, les tracteurs de boites à bagages, les avions qui manœuvraient (véridique), se faire engueuler au passage par un en-casquetté de service, avant d’avoir droit dans ce bâtiment à l’ambiance apocalyptique du circus « Intourist », l’agence unique de tourisme soviétique, et grand organisateur de la fiesta.




L' Appendice Horrible, Tumeur Phallique


Là, dans une chaleur moite, une foule compacte de toutes provenances. Pas d’informations affichées, pas d’assistance, les hôtesses de passage venues ramasser leurs clients au courant de rien sauf ce qui les concerne directement, ne parlent pas autre chose que le russe, informations fausses, faux départs, retours en catastrophe après balade dans le mauvais bus, retards éternisés.Attente. Passagers couchés sur les banquettes, parfois à meme le sol, casse-croutant aussi comme ils peuvent.

Ils nous auront tout fait. Enfin c’était chauffé et on avait le privilège de monter dans l’avion en premier, avant les autochtones qui nous mataient et nous passaient en revue comme au zoo.



Le Bus réservé VIP


Cette ségrégation a cessé vers 1994, mais c’est la refonte de l’aéroport vers 1998 qui a fait disparaitre presque toutes les discriminations. Discriminations, qui ne l’oublions pas, étaient d’abord dirigées à l’encontre des Russes.




L’ ancien Domodiedovo, Corps principal


Domodiedovo dans les Années 90 :

Un Tupolev, le TU 114, vous accueillait à l’entrée du parking étroit et désorganisé. Monté sur un piédestal, l’appareil avait belle allure. Cet avion a été détenteur de plusieurs records mondiaux dans les années 60 : il était le plus gros avion de ligne, volant le plus haut, il accomplissait les vols les plus longs sans ravitaillement et inégalé en son temps, pour le nombre de passagers transportés.



Le TU 114 de Domodiedovo


L’appareil a été découpé et ferraillé en 2006, pour laisser la place à un nouveau parking lui-même trop petit dès sa construction. Dommage de ne pas avoir déplacé conservé cette belle relique.



L’Aéroport de Domodiedovo aujourd’hui


En 1993 à Tyumen ....

..... en Sibérie, (à 3 heures de vol de Moscou, droit vers l’Est), nous arrivons mon collègue interprète André et moi, de nuit à l’hôtel unique de la ville.


Hôtel réservé pour les touristes et les invités officiels. Les autres voyageurs sont chez l’habitant ou abrités par la société qui requière leur présence.


Restauration rapide, il est tard, tous au lit dure journée demain. Dans la chambre vers minuit, le calme environnant aidant, je commence à gouter assez peu que le téléviseur d’une piaule voisine me vrille encore les oreilles de chansons ineptes. Je patiente, mais ça monte ! Pas possible qu’à minuit et demie le gardien d’étage ou le concierge puisse tolérer un tel boucan ! Une heure. J’explose, je m‘habille en rogne bleue et vais frapper à grands coups à la porte proche de la mienne, en sort une nana peu vêtue, mais l’humeur n’y est pas, dommage et chez elle tout est calme, je cours de l’autre côté. Pas de réponse j’écoute l’oreille collée à la porte, calme la aussi. Direction l’escalier je fonce à l’étage et là je trouve de suite d’où vient le raffut : la chambre située au-dessus de la mienne, merci bien ! Ca tonitrue la dedans, je frappe a toute volée prêt à démonter le gars qui me fait cette blague. Pas de réponse, j’insiste, doit être sourd ce con ! Pas de réponse. Ok mon gars, je file à la réception, je réveille le concierge qui m’engueule et ne veut pas me suivre je me colle en pétard dans un baragouin de russe et de tout ce qui me passe comme injures exotiques. On monte, l’ouvre la lourde, vacarme absolu chambre vide, person pas rigolon éteignons explication : les femmes de ménage dans la journée se mettent à tue tète un programme sur la télé d’une chambre de milieu de couloir, et laissent la porte ouverte comme ça elle serpillent avec l’ambiance faut les comprendre quoi !.


Tyumen a cette époque

Voir ci-dessous, un petit aparté sur Tyumen


Dans le meme registre bruyant, des hauts parleurs étaient en fonction dans toutes les chambres de tous les hôtels, et vous serinaient des musiques débilitantes dès votre arrivée. Bien sur un interrupteur permettait de couper le son, mais pas d’amortir le boucan venant des chambres voisines.



En 1992, ....

..... en sortie de restaurant, un peu arrosé, avec traducteur et collègues, nous arrivons à la voiture, stationnée dans rue fort passante. Le chauffeur André, pose son portefeuille sur le toit du véhicule, pour chercher ses clefs, ne les trouve pas, et nous décidons de retourner au restaurant. Une fois sur place, les clefs retrouvées, un dernier verre reste tentant. Après une bonne heure, nous nous apprêtons, quand André s’aperçoit qu’il a laissé son portefeuille sur la voiture. Affolement, retour de course au véhicule, et là, soulagement : le portefeuille nous attend toujours. Personne, malgré le passage incessant, n’a touché au pactole : 500 dollars, rêve en couleur d’ailleurs, dans la pochette pas discrète, la paye de 8 mois d’un employé type, au cours du jour.



Téléviseur au travail !! Elle est pas belle la vie ?

Surprise en visitant divers clients potentiels dans les années 90 : un téléviseur est allumé en permanence dans chaque bureau et lancine son discours, parfois à couvrir nos voix. Les actualités étaient ressassées en permanence et en boucle (déjà), et ceci dans tous les offices meme a un niveau supérieur de hiérarchie.

Cette habitude ubuesque a peu à peu disparu, pour faire place à de plus austères réunions ou les perturbations au monologue du directeur n’étaient dues qu’aux bâillements des assistants.


Télé au travail une évasion ? Non une invasion


À Izmaïlovo,

quartier au nord-est de la ville, une brocante gigantesque et permanente, marché aux puces un rien sauvage, ou à cette époque vers 1993, en ces temps d’incertitude, de remodelage des positions, de renouvellement de chamboulements permanent, les Russes vendaient tout et n’importe quoi pour continuer à survivre. Pas trop argenté moi meme, j’ai vu passer des trésors que je n’avais pas les moyens de m’offrir, meme si j’étais conscient que les prix étaient 50 fois sous leur valeur de revente en Europe.

J’ai ainsi eu entre les mains un tableau, une magnifique peinture à l’huile, dont la trame avait beaucoup souffert dans le coin en bas à gauche, daté de 1740, représentant un vieillard en buste, l’ensemble d’une qualité picturale extraordinaire. Le vendeur en voulait 400 dollars. Je n’ai pas tenté de négocier. Je le regrette encore maintenant. Quelque part aussi, ce sentiment, très culture chrétienne, qu’il ne fallait pas abuser de la situation, m’a retenu souvent.

En ce meme marché un collègue de travail a acquis une très belle et ancienne icone, pour 40 dollars, prix absolument dérisoire. Comment l’a-t-il exportée en bravant l’interdit absolu ? Mystère.



Izmailovo est devenu un parc d’attraction temple du Kitsch, avec surtout de la vente de souvenirs pour touristes. On peut encore y trouver un peu d’antiquités et quelques objets hétéroclites.


Aparté sur Tyumen :

Tyumen c’était le centre névralgique de toute l’industrie d’exploration et d’extraction pétrolière de Russie, avec son centre moderne tel que sur la photo sous le paragraphe « Tyumen »

Mais c’était aussi pour moi des images et une découverte de la Russie profonde.

On est ici à la limite sud du permafrost, et sur ces quelques exemples on peut en comprendre les difficultés (Voir Article « Permafrost, le dégel est-il si problématique ? »)


Déséquilibre Arrière



La Maison Guingoisante



La route par remblais successifs a-t-elle monté de 1 mètre ou la maison s’est-elle enfoncée


Le Tyumen Historique



Travail d’Art

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