La Datcha russe- Page 2 : Le choc thermique (et les héros qui y survivent)
- Alain Mihelic

- il y a 1 jour
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La vie à la datcha russe n’a rien à voir avec l’image idyllique que l’on s’en fait en ville.
À ce stade, il faut que je vous présente les personnages principaux. Parce qu’on ne traverse pas la datcha seul.
On y entre toujours escorté, parfois malgré soi.
Les héros de la Datcha russe : humains et forces invisibles
Moi, narrateur enthousiaste, naïf, persuadé que “cette fois on est prêts”.
Perrine, ma compagne rationnelle, citadine, convaincue que la météo est une science exacte. Pourtant même elle, ne peut rien contre les lois invisibles de l’air et de l’eau.
Nina, vétérane de la datcha, celle qui “sait”, et qui ne s’étonne plus de rien, et qui ne pose plus de questions. Initiée silencieuse, elle est capable de parler aux esprits du feu et de la charpente.
Le Poêle, entité capricieuse, force élémentaire domestiquée, mais jamais totalement soumise. A manier avec respect et délicatesse.
Le Vent, invisible, juge impartial, messager des forêts alentours.
Les Moustiques, légion d’ombres, émissaires de l’été, envoyés pour tester ton endurance et ton courage.

Datcha idéale ?
Mais avant même de comprendre la vie rurale russe, il faut accepter un point : tu n’es pas seul.
Car en dehors de ces héros de l’aventure que je viens de présenter, il y a d’autres présences.
À la datcha, il n’y a pas que vous et de simples murs. Il y a aussi des entités.
Quelque chose habite la pierre, circule dans le bois, s’accroche à la charpente. Des présences anciennes, silencieuses, mais jamais totalement absentes.
Voir Article : "Les esprits de la maison"
Voir Article : "Magie et Superstitions dans la Maison"
Voir Article : "Mythologies des Peuples Slaves"
Voir Article : "Mythologies des Peuples Slaves"
Voir Article : "Amulettes pour la Maison"
Voir Article : "Les Anciennes Amulettes Slaves"

Calme, sérénité, verdure
Avril : la datcha en mode épreuve initiatique. Le piège de la datcha au printemps
Avril est un mois traître, qui sourit aux citadins. Mais à la datcha, il est moissonneur d’illusions.
En ville, il fait 17 degrés, les gens sortent sans manteau, la vie reprend, les terrasses s’ouvrent.
À la datcha, avril est une blague cruelle.
Nous arrivons. Soleil. Oiseaux. Optimisme.
Perrine regarde le thermomètre et croit lire une vérité objective.
“Oh, ça va, il fait doux.”
Le thermomètre ment. Ou alors il mesure autre chose.
Peut-être l’espoir.
À l’intérieur de la maison, il fait une température que je qualifierais de “musée du mammouth, aile nord”.
Nina, sans un mot, enlève sa veste, retrousse ses manches et allume le poêle.
“Mais… on est en avril ?” tente Perrine.
“Oui.” répond Nina. “Justement.”

Les premières flammes dansent comme un rituel satanique.
Les premières flammes dansent comme un rituel ancien.
À ce moment précis, tu comprends : la datcha ne suit pas les saisons.
Elle suit ses propres règles.
La première nuit a la datcha : l’illusion romantique
La première nuit à la datcha est toujours pleine de promesses.
On se couche tôt. On est tous fatigués, mais contents. Je me dis :
“Ce silence… c’est apaisant.”
Puis le silence commence à faire du bruit.
Puis les murs se mettent à parler.
Le bois de charpente craque. Quelque chose tombe dehors. Les ombres se déplacent. Un animal éternue (je crois).
Les Chats du voisinage se réveillent. Concert !
Et surtout : le froid.
Je découvre que :
une couverture, ce n’est pas suffisant,
deux, c’est une hypothèse de travail,
trois, c’est une stratégie assumée.

Ca va, elle ne porte pas de moufles
Perrine murmure dans le noir :
“Tu as froid ?”
Je réponds intérieurement :
« Perrine, si je te réponds, de la buée va sortir de ma bouche ».
Août a la Datcha : la revanche de la nature
Août, c’est l’inverse.
En août, ta petite maison de campagne décide que tu as eu trop de confort dans ta vie.
Il fait chaud. Très chaud.
Pas le chaud urbain, non.
Mais ce chaud humide, collant, vivant.
Celui qui te regarde transpirer.
Et les moustiques apparaissent.
Pas un par un.
Mais en délégation organisée.

Perforatrice
Nina manie son spray comme un prêtre agite l’encensoir.
“Ça marche ?” demande Perrine.
“Disons que ça les rend méfiants.”
Ils bourdonnent. Ils observent.
Le danger est partout.
Ils attaquent quand tu es vulnérable, c’est-à-dire dès que tu t’endors.
Mais il y a une leçon : survivre ici, c’est coexister avec le vivant.

Comme dans mes rêves : des moustiques gros comme des avions
Le moment de la révélation : S’adapter à la datcha
Le plus étrange, ce n’est ni le froid, ni la chaleur qui t’éprouvent, c’est le moment où tu réalises que tu t’adaptes.
Que tu sais maintenant :
comment ouvrir une fenêtre juste comme il faut, pour ne pas inviter les moustiques ostensiblement et pour ne pas risquer la pneumonie,
comment alimenter le poêle sans l’énerver, et qu’il te réponde par une bordée d’injures fumeuses,
comment dormir malgré les bruits, les insectes, l’inconfort.
Le comble, un matin, tu te réveilles, reposé, frais comme une fleur des champs, et tu dis :
“Ah, on a bien dormi !”
Et là, ta Perrine te regarde, inquiète.

Je recommence ma nuit !
La datcha comme épreuve : Le choc thermique n’est qu’un filtre
La datcha ne cherche pas à être agréable. Elle cherche à savoir si tu mérites de rester.
Si tu passes :
le test du froid,
le test de la chaleur,
le test du “ça ira” murmuré à 3h du matin,
Alors elle t’accepte.
Pas officiellement. Mais suffisamment pour que tu reviennes.
Je te sens accrocheur, alors crois-moi : tu reviendras.
Conclusion
Dans la suite de cette série, sur la vie à la datcha russe, en sa Page 3, nous verrons ce moment précis où une idée dangereuse apparaît et où tu te dis :
“Et si on faisait un petit potager ?”



Excellent drôle imagédescriptif de la vie des russes profonds dans leur campagne! Je transmets à tout mes amis et ma famille ! SVP Continuez ! On a envie d’aller vous voir ! Merci